Est-il étonnant qu'on n'atteigne pas le sommet, quand on a entrepris une route escarpée ?

"Est-il étonnant qu'on n'atteigne pas le sommet, quand on a entrepris une route escarpée ? [...] J'entendrai, dit-il, mon arrêt de mort du même air que je le prononcerai et que je le verrai exécuter ; je me soumetrai aux travaux, qu'els qu'ils soient ; mon âme soutiendra mon corps. Je mépriserai les richesses, soit présentes, soit absentes, sans être plus triste si elles sont ailleurs que chez moi, ni plus fier si elles brillent autour de ma personne ; je ne serai sensible ni à l'arrivée ni à la retraite de la fortune ; je regarderai toutes les terres des autres comme m'appartenant, et les miennes comme appartenant à tous ; je vivrai persuadé que je suis né pour les autres, et j'en rendrai grâce à la nature des choses. Que pouvait-elle, en effet, faire de mieux pour moi ? Elle m'a donné à tout le monde et tout le monde à moi. Quels que soient mes biens, je ne les garderai point en avare, ni ne les dissiperai en prodigue ; je ne croirai vraiment posséder que ce que j'aurai bien donné ; je ne compterai ni ne pèserai mes bienfaits ; je les apprécierai d'après le mérite de celui qui les recevra ; je ne croirai pas avoir fait beaucoup, s'il en est digne. Rien pour l'opinion, tout pour la conscience dans mes actes ; je croirai avoir le public pour témoin quand j'agirai sous ma seule surveillance. Mon but dans le manger et le boire sera de calmer les exigences e al nature, et non point de remplir et de vider mon estomac. Gracieux pour mes amis, doux et facile pour mes ennemis, je serai fléchi avant d'être prié, j'irai au-devant des deandes honnêtes. Je saurai que ma patrie c'est le monde, et que les dieux en sont les maîtres ; qu'ils se trouvent au-dessus et autour de moi, censeurs de mes actes et de mes paroles. Quand il plaira à la nature de redemander mon âme, ou à la raison de la renvoyer, je partirai avec le témoignage d'avoir aimé la bonne conscience et les études honnêtes, de n'avoir diminué la liberté de personne et de n'avoir vu la mienne restrainte par personne. "

                                                                                                                                    
                                                                                           
"Définition du bonheur : Cherchons un bien non apparent, mais solide et de plus en plus beau à mesure qu'on le pénètre. Nous devons le déterrer. Il n'est pas loin, et on le trouvera ; il faut seulement savoir où porter la main. Actuellement nous passons, comme dans les ténèbres, au-delà de ce qui est près de nous, nous heurtant contre cela même que nous désirons. [...] La vie heureuse est donc celle qui s'accorde avec sa nature ; on ne peut l'obtenir que si d'abord l'esprit est sain et en possession constante de sa santé ; si de plus il est énergique et ardent, doué des plus belles qualités, patient, propre à toutes les circonstances, soigneux du corps et de ce qui s'y rapporte, mais sans trop de préoccupations ; s'il veille aux autres choses de la vie, sans s'étonner d'aucunes ; s'il use des rpésents de la fortune sans en être l'esclave. Tous comprennent, sans que je l'ajoute, qu'il suit là une perpétuelle tranquilité, ainsi que la liberté, puisqu'on a banni ce qui nous irrite ou nous fait peur. Au lieu des plaisirs et de ces jouissances mesquines et fragiles qui nuisent au sein même des désordres, s'établit une joie grande, inébranlable, égale ; l'âme se remplit alors de paix, d'harmonie, d'élévation, de douceur. De la faiblesse, en effet, vient toute humeur farouche. [...] L'Homme heureux est donc celui qui a un jugement droit, qui se contente du présent, quel qu'il soit, et qui aime ce qu'il  a ; celui auquel la raison rend  agréable toute situation de fortune. "

                                                                                                                                      
                                                                                            
"Voilà ce que vous en comprenez pas, et vous affectez des airs qui ne sont pas conformes à votre situation. Vous êtes comme  beaucoup de gens qui s'amusent au cirque et au théâtre, tandis que leur maison est dans le deuil pour un malheur qui ne leur a pas été annoncé. Quant à moi, qui regarde de haut, je vois les orages suspendus sur vos têtes : les uns ne crèveront que dans quelques temps le nuage qui les porte ; les autres appochent et sont sur le point de vous emporter avec vos biens. Que dis-je ! A cette heure même, votre âme n'est-elle pas, sans le savoir, le jouet d'un tourbillon rapide qui vous enveloppe, vous fait fuir et rechercher le même objet qui tantôt vous lance dans les airs, tantôt vous précipite dans l'abîme et vous brise ?"



Extraits "De la vie heureuse", Sénèque, traduction de 1883 d'un professeur de philosophie. 

Vos commentaires

1 Le Mercredi 21 Fevrier 2007 à 16:54 GMT+2, par Sebastien

Je me dis que tu devais etre inspiré... Quand je vois la définition du bonheur, je me dis que c'est peut etre pas vraiment ca que je cherche mais sans doute autre chose... Un "je" ne sait quoi qui me ferait leviter en tout point... Je ne suis vraiment pas obstimiste... Je reviendrais quand mes pensées seront plus claires... Bisouxxx

2 Le Jeudi 22 Fevrier 2007 à 20:17 GMT+2, par Delphine

Sebastien, c'est extrait du livre de Seneque. Un philosophe, je ne doute pas que tu connaisse Seneque

3 Le Vendredi 23 Fevrier 2007 à 21:37 GMT+2, par Sebastien

Ca me dit vaguement quelque chose... Mais tu sais, je ne peux pas tout connaitre non plus :) Bisouxxxxxx

4 Le Samedi 24 Fevrier 2007 à 21:27 GMT+2, par Delphine

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